Micro-entreprise ou société : le même logiciel de facturation ?
Livre des recettes d'un côté, TVA à reverser de l'autre. Le statut juridique change beaucoup de choses sur une facture, et presque rien au reste. Ce qui sépare vraiment les besoins d'une micro-entreprise de ceux d'une EURL ou d'une SASU.
Cet article compare les besoins réels d'une micro-entreprise et ceux d'une société en matière de facturation. Il est écrit par l'équipe de Iasy, qui édite un logiciel de facturation, et il se termine par une section qui explique comment nous traitons ces deux cas. Le reste est valable quel que soit l'outil que vous utilisez.
Au sommaire
Ce que le statut change vraiment
La question revient sans arrêt, et souvent au mauvais moment : au moment de créer sa société après deux ans de micro, ou en cherchant un outil et en tombant sur des pages qui disent "logiciel pour auto-entrepreneur" d'un côté, "solution de gestion pour TPE" de l'autre, comme s'il s'agissait de deux mondes.
Ce sont deux mondes du point de vue juridique et comptable. Beaucoup moins du point de vue de la facture. Un devis reste un devis, une facture reste une facture, les mentions obligatoires sont pour l'essentiel les mêmes, la numérotation doit être continue dans les deux cas et un client mauvais payeur se relance de la même façon en SASU qu'en auto-entreprise.
Ce que le statut change tient en réalité en trois points.
- Le régime fiscal. En micro, l'impôt se calcule sur un chiffre d'affaires encaissé auquel l'administration applique un abattement forfaitaire. En société, il se calcule sur un résultat, c'est à dire des produits moins des charges réelles, ce qui suppose une comptabilité complète.
- La TVA. Une micro-entreprise peut, au début, ne pas la facturer. Une société la facture presque toujours dès le premier jour, la collecte, la déduit sur ses achats et reverse la différence.
- Les obligations de tenue. Un livre des recettes et, selon l'activité, un registre des achats en micro. Un bilan, un compte de résultat et une comptabilité en partie double en société.
Tout le reste, ou presque, est commun. C'est précisément pour cela qu'un même logiciel peut servir les deux, à condition qu'il pose la question du statut au bon moment et qu'il en tire les conséquences tout seul.
Ce qu'il ne change pas du tout
Voici ce que vous ferez exactement de la même manière, que vous soyez plombier en auto-entreprise ou gérant d'une EURL de conseil.
- Établir un devis, le faire accepter, le transformer en facture sans le ressaisir.
- Numéroter vos documents dans une série continue, sans trou et sans doublon.
- Demander un acompte, puis facturer le solde en déduisant l'acompte déjà réglé.
- Corriger une facture partie chez le client par un avoir, jamais en la modifiant.
- Tenir une liste de clients et un catalogue de prestations pour ne pas refaire dix fois la même saisie.
- Relancer les impayés, ce qui reste le sport national des indépendants.
- Garder vos justificatifs de dépenses, six ans au minimum, dix pour les pièces comptables d'une société.
Un indépendant qui change de statut ne change donc pas de métier ni de gestes. Il change de cadre fiscal. C'est une différence importante, et pourtant beaucoup d'éditeurs en font deux produits séparés, avec deux tarifs et deux migrations de données à la clé.
En micro-entreprise : recettes, charges, franchise
Le livre des recettes, et rien de plus
Une micro-entreprise n'a pas de comptabilité à tenir au sens strict. Elle doit un livre des recettes, chronologique, avec la date, la référence de la facture, le nom du client, le montant et le mode de paiement. Les activités d'achat revente y ajoutent un registre des achats. C'est tout, et c'est déjà suffisant pour se faire attraper si on le tient au crayon sur un cahier retrouvé en mai.
Le piège le plus fréquent tient en un mot : encaissé. Vous déclarez à l'URSSAF ce que vous avez réellement reçu sur la période, pas ce que vous avez facturé. Une facture de décembre payée le 12 janvier appartient au trimestre suivant. Un logiciel qui confond les deux vous fait déclarer faux, et personne ne s'en aperçoit avant longtemps. Nous avons détaillé ce point ici : chiffre d'affaires et encaissé, quelle différence.
Les charges, qu'il faut anticiper
L'autre particularité du régime, c'est que rien n'est prélevé automatiquement. Vous encaissez cent pour cent de vos factures, et vous devez ensuite des cotisations sociales, une contribution à la formation professionnelle, et selon l'activité une taxe pour frais de chambre consulaire. Les taux ne sont pas les mêmes selon que vous vendez des marchandises, que vous faites des prestations commerciales ou artisanales, ou que vous relevez du BNC.
D'où une règle simple, que tous les auto-entrepreneurs finissent par apprendre, parfois à leurs dépens : le solde du compte n'est pas le revenu. Savoir en cours de trimestre ce qui vous restera après charges vaut mieux que la découverte du montant au moment de la déclaration. C'est le sujet de cet article : Iasy gère votre facturation et vos charges URSSAF.
La franchise en base, puis la TVA
Beaucoup de micro-entreprises démarrent en franchise en base : pas de TVA facturée, pas de TVA déduite, et la mention "TVA non applicable, article 293 B du CGI" en bas des factures. Le jour où le seuil est dépassé, ou le jour où l'on opte volontairement pour la TVA, tout change au milieu de l'exercice : nouvelles factures avec taux, mention 293 B qui disparaît, TVA déductible sur les achats, déclarations à déposer.
Un logiciel de facturation adapté à la micro doit donc gérer les deux situations, et surtout le passage de l'une à l'autre sans qu'il faille recréer un compte ou reprendre son catalogue à zéro.
En EURL, SASU ou SARL : la TVA prend toute la place
Passons de l'autre côté. Une société, qu'il s'agisse d'une EURL, d'une SASU, d'une SARL, d'une SAS ou d'une SCI, est en règle générale assujettie et redevable de la TVA dès le départ. La gestion quotidienne se déplace alors sur trois questions.
Combien je dois
La TVA collectée sur les ventes, moins la TVA déductible sur les achats, égale ce que vous reversez. Rien de sorcier, sauf que le montant doit être disponible en permanence, pas seulement au moment de la déclaration, parce que c'est de la trésorerie qui ne vous appartient pas et qui dort sur votre compte. Voir en un coup d'oeil la TVA collectée, la TVA récupérable et le solde dû sur la période évite le mauvais réveil trimestriel.
Les taux et les cas particuliers
Une société sort vite du taux unique. Taux réduits, ventes à un client d'un autre pays de l'Union, exportations hors UE, prestations entre professionnels européens qui basculent en autoliquidation chez le preneur, sous-traitance dans le bâtiment. Chacun de ces cas appelle un taux différent, ou un taux zéro accompagné d'une mention légale précise. La mention n'est pas cosmétique : c'est elle qui justifie l'absence de TVA en cas de contrôle.
Les dépenses, qui ne sont plus optionnelles
C'est la vraie rupture avec la micro. En micro-entreprise, l'abattement forfaitaire tient lieu de charges et vos dépenses n'entrent pas dans le calcul de l'impôt. En société, chaque dépense justifiée réduit le résultat imposable et souvent la TVA à reverser. Un justificatif photographié le jour même, rattaché à la dépense, vaut mieux qu'un ticket de carburant illisible retrouvé au fond d'une sacoche en février.
Une précision honnête, parce qu'elle évite des déceptions. Un logiciel de facturation, aussi complet soit il, n'est pas un logiciel de comptabilité. En société, vous aurez un expert-comptable pour le bilan, la liasse fiscale, les amortissements et la paie. Le rôle de l'outil de facturation est de produire des documents conformes, de suivre les encaissements et les dépenses, et de sortir proprement ce que le comptable réclame. Pas de tenir votre plan comptable.
Le cas particulier des activités mixtes et du bâtiment
Il y a une distinction qui traverse les deux statuts et que peu d'outils prennent au sérieux : la nature des lignes d'une facture. Une même facture peut contenir de la marchandise, de la main d'oeuvre et de la prestation de service.
En micro-entreprise, c'est capital : les taux de cotisations diffèrent selon la nature de l'activité, et une activité mixte doit être ventilée pour être déclarée correctement. Un artisan qui pose un carrelage vend du carrelage et vend de la pose, et ce n'est pas la même ligne dans la déclaration.
En société, la ventilation sert autrement : elle nourrit vos statistiques, elle éclaire ce qui rapporte réellement, et elle vous prépare à une mention qui devient obligatoire avec la facturation électronique, celle de la nature de l'opération, livraison de biens, prestation de services ou les deux.
Dans le bâtiment s'ajoute une autre particularité, l'adresse de chantier, qui n'est pas l'adresse de facturation. Elle est utile depuis toujours pour la clarté du document, et elle devient une mention attendue quand le lieu de livraison diffère du siège du client.
Le jour où vous changez de statut
Voilà le scénario qui, à lui seul, justifie de choisir un outil capable de gérer les deux mondes.
Vous êtes en micro depuis trois ans. Le chiffre d'affaires monte, vous passez à la TVA, puis un client important demande une structure, ou vous voulez vous associer, ou votre comptable vous montre le calcul. Vous créez une EURL ou une SASU. À ce moment précis, vous voulez que quatre choses survivent au changement : vos clients, votre catalogue de prestations, vos anciens documents consultables tels qu'ils ont été émis, et votre habitude de travail.
Ce qui doit changer, en revanche, doit changer tout seul : la mention 293 B disparaît, les taux de TVA apparaissent sur les lignes, l'estimation des charges URSSAF n'a plus lieu d'être, le suivi des dépenses passe au premier plan. Idéalement, cela tient à un réglage dans les paramètres de l'entreprise, pas à une migration.
Si votre outil actuel vous oblige à recréer un compte, à exporter et réimporter vos clients, ou pire à changer de produit chez le même éditeur avec un tarif différent, vous savez ce qu'il vous en coûtera : une journée, et l'oubli de deux ou trois réglages que vous découvrirez sur une facture déjà partie.
Facturation électronique : tout le monde, sans exception
Un point sur lequel le statut ne vous protège de rien. La réforme de la facturation électronique s'applique à toutes les entreprises françaises assujetties à la TVA, ce qui inclut les micro-entreprises en franchise en base, souvent persuadées du contraire.
Deux dates, les mêmes pour une micro-entreprise et pour une petite société : le 1er septembre 2026 pour être capable de recevoir une facture électronique, et le 1er septembre 2027 pour émettre les siennes entre professionnels, avec la transmission des données de ventes aux particuliers. Dans les deux cas, il faut être raccordé à une Plateforme Agréée, l'ancien PDP, et le portail public de l'État n'est pas une alternative gratuite pour le transport des factures.
Autrement dit, le sujet qui occupe les indépendants en ce moment est exactement le même des deux côtés de la frontière statutaire. Le détail est ici : facturation électronique, pas de panique, et les questions les plus fréquentes sont regroupées dans vos questions, nos réponses.
Cinq questions à poser à un logiciel
Que vous nous choisissiez ou non, ces cinq questions trient assez vite les outils sérieux des vitrines.
- Demande-t-il mon statut juridique et mon assujettissement à la TVA à l'inscription ? Si la question n'est jamais posée, l'outil ne pourra pas adapter grand chose ensuite.
- Que se passe-t-il si je change de statut ou si je passe à la TVA en cours d'année ? La bonne réponse est un réglage. La mauvaise est un nouveau compte.
- Le suivi porte-t-il sur l'encaissement ou sur l'émission ? En micro, la déclaration se fait sur l'encaissé. Un outil qui ne suit que les factures émises vous laisse le calcul sur les bras.
- À quelle Plateforme Agréée est-il raccordé, et depuis quand ? Une réponse évasive à la fin de l'été 2026 en dit long.
- Puis-je récupérer mes données, et sous quelle forme ? Livre des recettes, dépenses, documents. Un outil dont on ne peut rien sortir est un outil dont on ne peut pas partir.
Comment Iasy traite les deux cas
Iasy est un logiciel de facturation pour indépendants et petites entreprises, disponible sur iPhone, Android, Mac et Windows, avec synchronisation entre les appareils. À la création du compte, deux questions sont posées parmi les premières : votre statut, choisi dans une liste qui va de la micro-entreprise à la SARL en passant par l'EURL, la SASU, la SAS, l'EI, l'EIRL, l'association et la SCI, et si votre entreprise est assujettie à la TVA. Ces deux réponses commandent le reste.
Si vous déclarez une micro-entreprise, l'application ajoute au tableau de bord un bloc d'estimation des charges, calculé à partir de vos encaissements et de vos taux, avec le détail des cotisations sociales, de la formation professionnelle et de la taxe consulaire, et le net qui vous reste. L'activité mixte est gérée : les montants sont ventilés entre vente de marchandises, prestations commerciales ou artisanales et activités libérales. La catégorie devient obligatoire sur vos articles, précisément pour que cette ventilation soit juste. Le livre des recettes s'exporte sur la période de votre choix.
Si vous déclarez une société, ce bloc disparaît, il n'aurait aucun sens, et le tableau de bord met en avant la TVA collectée, la TVA récupérable et le montant dû, le chiffre d'affaires et les dépenses mois par mois. Les taux multiples sont gérés, ainsi que les cas à taux zéro avec leur mention légale : exportation hors Union européenne, livraison intracommunautaire, prestation entre professionnels européens en autoliquidation. Les dépenses se saisissent avec leur justificatif, photo ou PDF, et s'exportent pour le comptable.
Dans les deux cas, vous avez les devis, les factures, les acomptes, les avoirs, les relances, les clients, le catalogue, la personnalisation des documents avec logo, signature et cachet, et la ventilation des lignes en marchandise, main d'oeuvre et prestation. Et dans les deux cas, votre entreprise se raccorde à la facturation électronique depuis l'application : Iasy est raccordé à une Plateforme Agréée partenaire depuis août 2026, la réception des factures fournisseurs est disponible, l'émission au format Factur-X arrivera avant l'échéance de septembre 2027.
Un mot sur ce que Iasy ne fait pas, cela évite de perdre votre temps. Ce n'est pas un logiciel de comptabilité : pas de bilan, pas de liasse fiscale, pas d'immobilisations, pas de paie. En société, votre expert-comptable garde son rôle, et Iasy lui fournit des documents propres et des exports. Nous assumons ce choix, parce qu'une application qui veut tout faire finit par être impossible à ouvrir cinq minutes entre deux chantiers.
Si vous voulez voir à quoi cela ressemble, l'application se télécharge sur les magasins habituels et s'utilise sans engagement, avec un compte d'essai. Les formules sont détaillées sur la page tarifs, et notre parti pris de simplicité est expliqué dans une application de facturation pensée pour les auto-entrepreneurs.
Vos questions
Je suis en micro-entreprise sans TVA, ai-je vraiment besoin d'un logiciel ?
Besoin, non. Un tableur et un modèle de facture suffisent techniquement, tant que la numérotation reste continue et que le livre des recettes est tenu. Ce qui change en pratique, c'est le temps passé et les oublis : la facture qu'on ne relance pas, le trimestre déclaré au jugé, le justificatif introuvable. Et depuis 2026, il faut de toute façon un raccordement à une plateforme agréée pour recevoir les factures de vos fournisseurs.
Mon comptable a déjà un outil, dois-je en prendre un autre ?
Regardez ce que son outil fait de votre côté. Beaucoup de portails comptables sont excellents pour collecter des pièces et inexistants pour établir un devis sur un chantier, un dimanche, depuis un téléphone. Les deux ne s'excluent pas : vous facturez d'un côté, vous transmettez de l'autre.
Je cumule une micro-entreprise et une société, comment faire ?
Ce sont deux entreprises distinctes, avec deux SIREN, deux séries de factures et deux déclarations. Elles ne doivent jamais partager le même dossier de facturation. Dans Iasy, cela signifie aujourd'hui deux comptes séparés.
Je passe de la micro à la société, que deviennent mes anciennes factures ?
Elles restent consultables telles qu'elles ont été émises, avec les mentions de l'époque, ce qui est indispensable en cas de contrôle. Vous ne réécrivez jamais l'historique : la nouvelle structure démarre une nouvelle série de numéros, et l'ancienne reste lisible.
Une SCI a-t-elle sa place dans un logiciel de facturation ?
Oui, pour les quittances et les appels de charges, à condition de rester dans un usage simple. Une SCI à l'IS avec plusieurs biens et des travaux importants relève d'un outil de gestion immobilière et d'un comptable, pas d'une application de facturation.
En résumé
- Le statut change le régime fiscal, la TVA et les obligations de tenue. Il ne change presque rien à la fabrication d'un devis ou d'une facture.
- En micro, l'essentiel est le livre des recettes, le suivi de l'encaissé et l'anticipation des charges, avec la ventilation par type d'activité.
- En société, l'essentiel est la TVA collectée et déductible, et les dépenses justifiées, qui deviennent enfin utiles au résultat.
- La facturation électronique s'applique aux deux, y compris en franchise en base, avec les mêmes dates.
- Un outil qui gère les deux vous évite une migration le jour du changement de statut, et ce jour arrive plus souvent qu'on ne le croit.
Le bon logiciel n'est pas celui qui affiche votre statut sur sa page d'accueil, c'est celui qui vous pose la question une fois et qui en tire toutes les conséquences à votre place.